Lenka Zaya

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Pourquoi le mouvement est l’un des chemins les plus directs pour revenir habiter son corps

La danse est vieille comme l’humanité. Bien avant d’être un art ou un loisir, elle était un langage. Une manière d’exprimer notre lien avec la nature et ses rythmes, de célébrer les grands passages de la vie, mais aussi de traverser ensemble les joies, les deuils, les naissances ou les épreuves.

Lorsque les mots ne suffisaient plus, le corps continuait à parler.

Je crois qu’il n’a jamais cessé de le faire.

Pour les femmes, le mouvement est l’un des chemins les plus directs pour revenir habiter pleinement leur corps. Pour sentir au lieu d’analyser. Pour écouter au lieu de contrôler. Pour redécouvrir toute son intelligence, sa sagesse et sa richesse. Revenir dans son corps, c’est apprendre peu à peu à l’écouter vraiment, à l’honorer et à en prendre soin autrement que lorsqu’il commence à crier.

Une pratique de mouvement pour revenir à soi

La première porte d’entrée de mon travail avec le corps a été la Loona Dance. Au fil des années, mon approche s’est enrichie du travail somatique, de l’embodiment, du système nerveux, des rythmes du corps féminin et de nombreuses autres pratiques. Pourtant, une conviction est restée la même : le mouvement est l’un des chemins les plus directs pour revenir habiter pleinement son corps.

Pendant ces pratiques, tantôt dynamiques, tantôt plus lentes et contemplatives, l’attention est régulièrement ramenée vers le bassin, le souffle et les sensations du corps. Le bassin occupe une place centrale. Non seulement parce qu’il est le centre physiologique du corps féminin, mais aussi parce que c’est souvent une région que beaucoup de femmes ont appris à ignorer, à contrôler ou à ne sentir que lorsqu’elle fait mal.

Le mouvement devient alors un espace d’exploration. Il ne s’agit pas d’apprendre une chorégraphie ni de bien danser. Il s’agit de ralentir suffisamment pour sentir. Sentir comment le corps bouge, où il retient, où il respire, où quelque chose demande un peu plus d’espace ou de douceur.

Les mouvements sont volontairement simples, accessibles et souvent répétitifs. Ils s’inspirent de différentes traditions de danse, mais aussi de pratiques somatiques et de l’observation du mouvement naturel du corps. Des moments de mouvement libre alternent avec des explorations plus guidées, laissant à chaque femme la possibilité de découvrir sa propre manière de bouger.

Petit à petit, quelque chose change. Le mental cesse d’occuper toute la place. L’attention descend dans le corps. Les tensions deviennent plus perceptibles, puis peuvent progressivement se relâcher. Des émotions parfois longtemps retenues trouvent enfin un espace où elles peuvent être ressenties, accueillies et traversées, sans devoir être expliquées ou analysées.

Au fil des années, j’ai observé chez des centaines de femmes que cette qualité de présence ne reste pas confinée à la pratique. Elle s’invite dans la vie quotidienne. Elles sentent plus rapidement quand elles sont fatiguées, quand une limite est dépassée, quand quelque chose est juste… ou ne l’est plus. Elles apprennent à faire davantage confiance aux messages de leur corps.

Loona DAnce

Ce qui change dans le corps

Le mouvement conscient mobilise tout le corps, avec une attention particulière portée au bassin, aux hanches, au diaphragme, à la colonne vertébrale et au plancher pelvien. Les mouvements doux et répétés favorisent la mobilité, la souplesse et une meilleure perception de cette région souvent peu habitée.

En retrouvant progressivement de la mobilité et de la sensibilité dans le bassin, beaucoup de femmes décrivent une sensation de plus grande stabilité, un ancrage plus profond et une relation plus vivante avec leur corps. Elles respirent plus librement, se sentent plus présentes et retrouvent peu à peu le plaisir simple d’habiter leur corps.

Je ne considère pas le mouvement comme une solution miracle à tous les problèmes physiques. En revanche, je vois régulièrement combien il peut devenir un précieux soutien pour diminuer certaines tensions chroniques, retrouver plus de confort dans le corps et développer une relation plus consciente avec celui-ci.

Bien plus qu’une danse

Le mouvement ouvre souvent des portes qui dépassent largement le corps.

Au fil des pratiques, nous explorons différentes facettes de la féminité, inspirées notamment par les quatre grands archétypes féminins qui accompagnent mon travail : la Jeune Fille, la Mère, l’Enchanteresse et la Femme Sage. Chacune représente des ressources, des qualités et des élans que nous portons déjà en nous, mais que les expériences de vie ou les différents rôles que nous assumons peuvent parfois mettre en veille.

À travers le mouvement, ces différentes dimensions peuvent progressivement retrouver leur place. Plus de créativité. Plus de douceur. Plus de puissance. Plus de sensualité. Plus de capacité à poser des limites. Plus de liberté d’être pleinement soi, sans devoir choisir une seule facette de sa féminité.

Je ne cherche pas à transformer les femmes en quelqu’un d’autre.

Je les accompagne à retrouver ce qui est déjà là, sous les couches de stress, d’adaptation, de contrôle et d’oubli.

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Un bassin vivant, une femme vivante

Depuis plus de dix ans, je vois combien notre relation au bassin influence notre manière d’habiter toute notre vie.

Quand cette région retrouve de la mobilité, de la sensibilité et de la présence, quelque chose change bien au-delà du mouvement lui-même. Les femmes se sentent souvent plus stables, plus ancrées, plus vivantes. Elles prennent leurs décisions avec davantage de clarté, sentent leurs limites plus tôt, retrouvent de l’élan, de la joie et une qualité de présence qui rayonne naturellement autour d’elles.

Le mouvement n’est pas une fin en soi.

C’est une porte.

Une porte qui nous ramène, encore et encore, vers cet endroit que beaucoup d’entre nous ont quitté depuis longtemps : notre propre corps.