Si tu as l’impression de ne jamais arriver à prendre du temps pour toi, il y a de fortes chances que tu aies déjà essayé les solutions «logiques» :
mieux t’organiser,
faire des to-do lists plus réalistes,
te coucher plus tôt,
te lever plus tôt,
bloquer un créneau «self-care» dans ton agenda.
Parfois, ça aide un peu. Souvent, ça tient quelques jours, puis tout reprend comme avant.
Et la culpabilité revient : «Je n’arrive même pas à faire ça pour moi.»
La vérité, c’est que ce n’est pas (seulement) un problème d’organisation.
Ni de discipline, ni de manque de volonté.
Ce qui se joue est plus profond : un mélange de conditionnement, de croyances, et de système nerveux habitué à l’intensité.
Et tant que ça reste à ce niveau-là, aucun agenda ne suffira.
Ce qu’on ne voit pas toujours : la vraie fatigue n’est pas que physique
Il y a la fatigue du corps : muscles lourds, besoin de sommeil.
Et il y a la fatigue du système nerveux : tête pleine, cœur serré, impossible de «débrancher», sommeil agité, irritabilité.
Beaucoup de femmes vivent surtout cette deuxième fatigue : une saturation nerveuse, liée à la charge mentale (penser à tout, anticiper, organiser), à la pression de performance (tout bien faire, tout le temps) et au stress chronique (urgences, imprévus, tensions).
Dans cet état, le corps est en mode «survie» : il reste alerte, prêt à réagir. Même allongée, tu n’es pas vraiment en repos.
Alors tu remplis. Tu scrolles, tu enchaînes les séries… Parce que si tu t’arrêtes vraiment, quelque chose risque de remonter.
Le piège du «faux repos»
Le soir, beaucoup disent : «Enfin mon temps pour moi : je scrolle, je regarde une série, je binge-watch.»
C’est compréhensible : c’est facile, accessible, ça coupe de la réalité un moment.
Mais souvent, ce n’est pas un vrai repos. C’est un anesthésiant rapide.
Quand tu fais défiler ton fil ou que tu enchaînes les épisodes, il se passe quelque chose qu’on peut comprendre ainsi :
Ton cerveau reçoit un flot continu d’informations — images, sons, émotions, histoires.
À chaque contenu un peu nouveau, un peu stimulant, il y a une petite décharge de dopamine — cette molécule liée à l’anticipation, à l’envie de la prochaine chose. Et comme le contenu est imprévisible, le cerveau reste en tension : « et maintenant, qu’est-ce qu’il y a ? »
Conséquences : ton attention est constamment sollicitée, même si tu as l’impression de «ne rien faire». Tu te couches alors avec le cerveau survolté, ce qui perturbe le sommeil. Et le lendemain, tu es encore plus fatiguée… et tu as encore plus envie de scroller pour «te détendre».
C’est un cercle vicieux : fatigue – besoin de dopamine rapide – scroll / séries – surstimulation – encore plus de fatigue.
Et beaucoup de femmes appellent ça «mon temps pour moi». En réalité, c’est souvent : «mon temps pour anesthésier ma fatigue sans vraiment récupérer». Et surtout, ça évite de rencontrer ce qui émerge quand on ralentit vraiment.
Ce qu’on nous a appris à croire (sans qu’on s’en rende compte)
Dès petites, beaucoup d’entre nous ont reçu des messages, directs ou indirects, du type :
« Sois utile. »
« Occupe-toi des autres avant de penser à toi. »
« Une bonne mère est toujours disponible, à l’écoute, se sacrifie.»
« Se reposer, c’est bien. Mais pas trop. Et pas si les autres ont besoin de toi. »
Je suis certaine que tu pourrais en ajouter d’autres sur la liste. Il suffit d’écouter ce que ta petite voix intérieure te raconte.
Avec le temps, ces messages deviennent des croyances internes comme « Prendre du temps pour moi, c’est égoïste. » Ou « Si je me repose, je laisse tomber les autres. Je n’ai pas le droit au plaisir tant que tout n’est pas parfait. Je dois mériter mon repos en ayant tout fait… »
Le problème, c’est que « tout faire » n’existe pas. Avec cela, le repos devient une promesse toujours repoussée.
Et le problème, c’est que même quand la tête sait que c’est faux, le corps, lui, se souvient.
Car il a été conditionné à associer « être une bonne femme » à « être disponible, productive, en mouvement », et il a pratiqué ce fonctionnement des milliers de fois… ça s’est bien inscrit en lui. Alors, quand tu t’assois, quelque chose en toi se met en alerte :
« Tu devrais faire quelque chose d’utile. »
« Que va-t-on penser de toi ? »
« Et si on avait besoin de toi ? »
Ces pensées n’ont rien de rationnel, mais notre cerveau est tellement habitué à les penser qu’elles paraissent vraies.
Et elles créent certaines émotions inconfortables qui te poussent à certaines actions (plutôt te lever et faire quelque chose), dont le but est d’éviter cet inconfort.
Le système nerveux : ce pilote automatique qui t’empêche de t’arrêter
Il y a aussi autre chose dans le jeu, qu’il faut comprendre, plus physiologique: ton système nerveux.
C’est lui qui gère ton niveau d’alerte, de stress, de calme, de sécurité. Quand il est habitué à l’intensité, au « toujours faire », il finit par considérer ça comme normal. Comme safe. Le résultat est que ralentir devient inconfortable, s’arrêter crée de l’agitation intérieure et le calme ressemble à du vide, voire à de l’angoisse.
Alors tu remplis.
Tu trouves des tâches, des listes, des choses à optimiser.
Ou tu scrolles, tu enchaînes les séries, tu restes connectée.
Parce que si tu t’arrêtes vraiment, ton système nerveux ne sait plus quoi faire de toi.
Il a été entraîné à survivre, pas à se reposer.
Ce qui émerge quand on ralentit (et pourquoi on fuit)
Autre chose d’intéressant que j’observe sur moi-même et chez les femmes qui ont avancé sur ce chemin, c’est que même avec du soutien, même après avoir intellectuellement compris les mécanismes, même après avoir travaillé sur ses croyances et sur son système nerveux, il reste, dans certaines situations – comme partir toute seule pendant quelques jours – une petite teinte de culpabilité.
Pas assez forte pour changer mon choix, mais assez présente pour me rappeler à quel point ce conditionnement a la peau dure, et qu’il ne disparaît pas du jour au lendemain juste parce qu’on le souhaite.
Parce que prendre du temps pour soi, au fond, c’est être présente à soi.
Et savoir être présente à soi, c’est devenu la chose la plus difficile dans cette société.
Ça veut dire : être dans son corps. Sentir.
Rencontrer tout ce qu’on a fui pendant la journée, tout ce qu’on a essayé de ne pas sentir en scrollant, en travaillant beaucoup.
Dans le ralentissement, il y a des choses qui émergent :
des tensions dans le corps, de la tristesse, de la colère, du vide…
Des émotions avalées, des mots pas prononcés, des «oui» donnés alors que le corps voulait dire «non».
Et ça, c’est inconfortable. Et l’humain est fait pour fuir l’inconfort.
Alors, qu’est-ce qu’on fait avec ça ?
La question, ce n’est pas tellement : « Est-ce que la culpabilité disparaît un jour complètement ? »
C’est plutôt : est-ce que j’ai la capacité de rester avec l’inconfort ? De contenir la charge émotionnelle que la culpabilité génère en moi –
sans que ça me broie, sans que ça me paralyse, sans la laisser décider à ma place. Autrement dit : est-ce que je sais m’accompagner à travers ce moment-là sans me laisser tomber ?
Parce qu’une femme qui commence à affirmer ce besoin de temps pour soi, quand elle passe à l’action, ça remue.
Des émotions montent. Des pensées. Les vieux échos.
Et quand l’inconfort devient trop fort, il y a cette tentation : se laisser tomber, se trahir, revenir à ses anciens fonctionnements.
Ceux où la culpabilité ne vient pas, parce que je ne m’assois jamais, je ne m’arrête jamais.
À long terme, ce qui est pour moi une des clés principales pour changer ta capacité à réellement prendre du temps pour toi, te reposer et te ressourcer, c’est de renforcer ta capacité à écouter les sensations (qui sont le langage de ton corps) et, graduellement, apprendre à rester avec ce qui est. Bouger avec, respirer avec, sans juger, sans te laisser happer.
C’est une aptitude qu’on peut apprendre relativement vite, et qui se pratique jour après jour. Ce n’est pas parfait, mais la capacité augmente.
La douceur et y aller progressivement sont très importants.
C’est précisément ce travail-là que je propose dans mon programme 21 jours pour revenir à toi.
21 pratiques courtes, une par jour, pour réapprendre doucement à écouter ton corps, à rester avec ce qui monte, et à montrer à ton système nerveux que ralentir est safe. Chaque jour, un petit pas de retour vers toi.
Une première piste très concrète (à tester cette semaine)
Tu n’as pas besoin de tout changer d’un coup.
Commence par une toute petite expérience, corps et croyances ensemble.
1. Choisis un moment où tu pourrais prendre 5–10 minutes d’espace où tu n’es pas dérangée.
2. Avant de le faire, prends un petit moment pour noter (dans ta tête ou sur papier) : quelles phrases tu entends (« je devrais… », « une bonne mère… », « c’est égoïste… »), et ce que ton corps ressent (agitation, lourdeur, tension, vide, envie de fuir…).
3. Puis prends ces 5–10 minutes, en conscience : assise, allongée, en marche, sans écran.
Juste toi, ton corps, ta respiration.
4. Remarque si et comment la culpabilité (ou autre chose) se manifeste, et si tu arrives à rester un peu avec, sans vouloir la changer ou la faire disparaître.
5. Et observe comment tu te sens à la fin. Qu’est-ce qui a changé, ne serait-ce qu’un petit peu?
L’idée, c’est de commencer à créer, dans ton corps, la preuve que tu peux prendre un petit moment pour toi et que le monde ne s’effondre pas quand tu le fais.
C’est comme ça que, petit à petit, le système nerveux apprend que se reposer, ralentir et ne rien faire d’«utile» est safe.
Et de cela découle ta capacité de dire non, de poser des limites autour de ton temps et de ton énergie, et la nouvelle croyance positive : ça ne fait pas de toi une mauvaise femme.
Qu’exister pour toi n’annule pas ton amour pour les autres.
Tu n’as pas besoin d’un biohack.
Tu as juste besoin d’apprendre à ton corps qu’il est assez en sécurité pour ralentir et s’arrêter.
Et ça, ça se réapprend, dans le quotidien, à petite dose, à travers ton corps – en réapprenant son langage.
P.S.
Dans cet article, je me suis concentrée sur un aspect précis de la problématique : les croyances, le conditionnement et le système nerveux.
Mais je sais bien que, pour beaucoup de femmes, la difficulté à prendre du temps pour soi est aussi liée à la charge mentale, au manque de soutien concret, aux contraintes matérielles et contextuelles (gardes, horaires, précarité, etc.).
Tout ça est réel, et je ne le nie pas.
Mon intention ici n’est pas de tout couvrir, mais d’éclairer une pièce du puzzle – celle que je vois revenir le plus dans mon travail – en espérant que ça t’aide, toi aussi, à y voir plus clair et à avancer, pas à pas.